Locataire ou propriétaire : quand le chauffe-eau tombe en panne ou qu’une facture d’entretien arrive, la question de la prise en charge se pose immédiatement. La règle est claire : l’entretien courant revient au locataire, les réparations et remplacements liés à la vétusté ou à une défaillance technique incombent au propriétaire. Ce partage vaut pour un chauffe-eau électrique comme pour un chauffe-eau à gaz, avec une différence importante sur les obligations légales selon le type d’appareil.
🔑 L’essentiel à retenir
Qui est légalement responsable de l’entretien d’un chauffe-eau ?
La réponse se trouve dans deux textes complémentaires. Le décret n°87-712 du 26 août 1987 liste les réparations locatives à la charge du locataire : il s’agit des gestes d’entretien liés à un usage normal de l’appareil, comme la purge du groupe de sécurité ou le remplacement des petites pièces d’usure. L’article 1719 du Code Civil, lui, oblige le propriétaire à mettre à disposition un logement en bon état et à assurer les réparations qui dépassent l’entretien ordinaire.
La frontière est là : usage courant et prévention d’un côté, défaillance technique et fin de vie de l’autre. La difficulté, dans les litiges, c’est que cette frontière n’est pas toujours évidente à tracer. Une résistance grillée à cause d’un tartre accumulé faute de purge régulière ? Le tribunal peut retenir la responsabilité du locataire. Un thermostat lâche après dix ans de fonctionnement ? C’est au propriétaire d’agir.
Chauffe-eau électrique : que doit faire le locataire, que doit faire le propriétaire ?
Sur un ballon d’eau chaude électrique, les obligations de chaque partie sont bien distinctes. Voici comment elles se répartissent concrètement.

Les gestes d’entretien à la charge du locataire
L’entretien d’un cumulus électrique ne demande pas de compétences particulières, mais il demande de la régularité. Voici les interventions que le locataire doit assurer :
- Purger le groupe de sécurité : à faire une à deux fois par mois en tournant la molette, pour évacuer les dépôts calcaires et prévenir toute surpression
- Vidanger le ballon : tous les deux à trois ans, plus souvent en zone d’eau dure, pour limiter l’accumulation de tartre au fond de la cuve
- Remplacer les petites pièces d’usure : joints d’étanchéité, clapets, pistons, membranes, dès qu’ils montrent des signes de défaillance
- Surveiller l’anode magnésium : lorsque son diamètre descend sous 1 cm, elle doit être remplacée pour continuer à protéger la cuve contre la corrosion
Aucun texte n’oblige le locataire à faire appel à un professionnel pour ces opérations sur un appareil électrique. En revanche, conserver les factures ou les photos des interventions reste une précaution utile.
Les réparations qui incombent au propriétaire
Dès qu’une intervention dépasse l’entretien de surface, la charge revient au bailleur. Un arrêt de la Cour de Cassation du 29 octobre 2008 l’a confirmé : le détartrage complet avec dépose du bloc résistance n’est pas une réparation locative, c’est une intervention technique qui incombe au propriétaire.
Les opérations relevant du propriétaire sont les suivantes :
- Détartrage complet avec dépose de la résistance : tous les deux à trois ans selon la dureté de l’eau, entre 190 et 250 € selon la région et l’accessibilité de l’appareil
- Remplacement de la résistance ou du thermostat défaillants, quel que soit l’âge de l’appareil
- Contrôle et remplacement de l’anode magnésium tous les deux ans, condition souvent exigée pour maintenir la garantie fabricant
- Remplacement du chauffe-eau en fin de vie, généralement entre 10 et 15 ans selon l’entretien suivi
Chauffe-eau à gaz : le locataire est-il obligé de payer un entretien annuel ?
Oui, et c’est une obligation légale sans exception. L’arrêté du 15 septembre 2009, combiné à la loi du 6 juillet 1989, impose un entretien annuel par un professionnel agréé pour tout chauffe-eau fonctionnant au gaz naturel ou au GPL. Ces frais sont entièrement à la charge du locataire, qui choisit librement son prestataire. Le coût moyen se situe entre 100 et 155 € selon l’appareil et la région.
L’entretien annuel comprend la vérification et le nettoyage du brûleur, le contrôle de l’étanchéité des raccordements, la mesure du taux de monoxyde de carbone et la vérification de l’évacuation des fumées. À l’issue de l’intervention, le professionnel remet une attestation d’entretien sous quinze jours maximum. Ce document est à conserver deux ans minimum : le propriétaire peut le demander à tout moment, et l’assureur l’exige en cas de sinistre.
Ne pas réaliser cet entretien expose le locataire à un refus d’indemnisation en cas d’incendie ou de dégât des eaux, et peut engager sa responsabilité si une panne est directement liée à ce manque. Pour les réparations structurelles de l’appareil et son remplacement en fin de vie, c’est le propriétaire qui prend en charge.
Tableau récapitulatif des responsabilités et des coûts
Ce tableau résume la répartition des obligations selon le type d’opération, avec les fréquences et les coûts indicatifs à retenir.
| Opération | Responsable | Fréquence | Coût approximatif |
|---|---|---|---|
| Purge du groupe de sécurité | Locataire | 1 à 2 fois par mois | Gratuit |
| Vidange du ballon | Locataire | Tous les 2 à 3 ans | Faible |
| Remplacement joints et clapets | Locataire | À l’usure | Faible |
| Entretien annuel gaz (professionnel) | Locataire | 1 fois par an (obligatoire) | 100 à 155 € |
| Contrôle de l’anode magnésium | Propriétaire | Tous les 2 ans | Inclus dans le détartrage |
| Détartrage complet | Propriétaire | Tous les 2 à 3 ans | 190 à 250 € |
| Remplacement résistance ou thermostat | Propriétaire | À la panne | Variable |
| Remplacement de l’appareil | Propriétaire | Vers 10 à 15 ans | Variable |
Panne de chauffe-eau : qui paie et quels sont vos recours ?
Première étape avant toute réclamation : vérifier le disjoncteur et l’alimentation électrique ou gaz. Si l’appareil est bien alimenté et ne fonctionne pas, informez le propriétaire par écrit sans attendre, par email ou courrier recommandé avec accusé de réception. Précisez la nature du problème et la date de survenance. Gardez une copie de tous les échanges.
Sur le plan légal, un logement sans eau chaude est un logement non décent au sens de l’article 1719 du Code Civil. Le propriétaire doit intervenir dans un délai raisonnable. Si les travaux s’étirent au-delà de 21 jours, le locataire peut réclamer une baisse proportionnelle du loyer et, en cas de préjudice avéré, des dommages et intérêts.
Le propriétaire peut toutefois refuser d’intervenir si la panne résulte d’un défaut d’entretien prouvé côté locataire : absence de purge ayant conduit à une surpression, entretien annuel gaz non réalisé, ou dégradation volontaire de l’appareil. C’est précisément pour cette raison que conserver ses justificatifs d’entretien fait toute la différence en cas de litige.
Si le désaccord persiste, les recours disponibles sont les suivants :
- Mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, en précisant le délai d’intervention attendu
- Commission départementale de conciliation : procédure amiable, gratuite, accessible à tous les locataires et propriétaires
- Tribunal judiciaire en dernier recours, pour obtenir la réparation forcée ou des dommages et intérêts
Le dialogue reste la voie la plus rapide. Un échange écrit clair, avec les bons arguments juridiques, suffit souvent à débloquer la situation sans aller plus loin.


